Compte-rendu WEBINAIRE : QUEL AVENIR POUR LE DIALOGUE TRANSATLANTIQUE APRÈS L’ÉLECTION DE JOE BIDEN ?

Les cinq Centres d’Information Europe Direct de la région des Pays de la Loire ont organisés jeudi 04 février, de 18h à 19h15 sur Zoom, un webinaire sur le thème des relations UE-USA : « Quel avenir pour le dialogue transatlantique après l’élection de Joe Biden ? ».

Cette visioconférence, a permis un échange de nos animateurs avec Nicole GNESOTTO, vice-présidente et membre du Conseil d’administration de l’Institut Jacques Delors et Professeure au CNAM, qui a pu répondre aux questions des participants, ainsi q’un témoignage de John WEBB, américain vivant en Maine-et-Loire, et enseignant d’anglais à l’Université d’Angers.

Les échanges ont été animés par Olivier Brunet, conférencier du réseau Team Europe.

Des relations transatlantiques qui reviennent de loin

Nicole Gnesotto aborde pour commencer le constat peu reluisant des relations Etats-Unis – Union Européenne sous le mandat de Donald Trump, rappelant que ce dernier avait désigné l’UE comme une « menace principale » pour les Etats-Unis. Mais si l’apparence plus apaisée, moins brutale, plus soucieuse du respect des procédures diplomatiques, est un signal positif pour les européens, et sont des pratiques importantes en période de crise pour apaiser les tensions, la vice-présidente de l’Institut Jacques Delors met tout de même en garde : « Les Européens sont pleins d’illusions, plus que les Américains. Il n’y aura pas de nouvelle ère d’embrassade transatlantique sous Joe Biden »

Les raisons de cette méfiance ? La différence entre le programme et la réalité déjà. Biden sera limité par la fracture de son pays, une majorité fragile au Congrès, et le non suivi éventuel des tribunaux fédéraux, a un tiers nommés par Trump.

Car en effet, le pouvoir du Président est initialement très limité aux États-Unis. « Il y a une différence entre les pouvoirs réels du Président et la perception qu’on a en à l’international » rappel John Webb. « Les pouvoirs du Président ont considérablement augmenté après la Seconde Guerre Mondiale, notamment par les agences de renseignements (CIA, NSA) pour contrecarrer le communisme. »

Avec une armée sur le pied de guerre en permanence, le Président chef de guerre, voit donc son pouvoir agrandit, mais il reste contraint par la Constitution, et par l’opinion. « N’oublions pas que 75 millions d’américains ont voté pour Trump. Ils ne vont pas disparaître par magie. » ironise John Webb, amer. Pour Joe Biden la réconciliation américaine est plus importante que la réconciliation euro-américaine.

Nouvelle donne

La deuxième raison, pour Nicole Gnesotto, c’est que sous Trump le monde a changé, et que Biden devra faire avec les contraintes de cet héritage. « Depuis Obama, l’Europe n’est plus la priorité des Américains, maintenant c’est l’Asie. » Sur les relations avec la Chine, Biden se place dans la continuité de Trump.

« Ils vont demander à l’UE de les suivre. Or les Européens ne sont pas sur cette ligne ». Le sujet chinois pourrait en effet représenter un point important de divergence. De plus si l’équipe qui arrive au pouvoir a des connaissances en matière de diplomatie européenne, celles-ci elles datent d’il y a 10 ans. Or depuis l’UE a évolué, et assume notamment plus son désir de souveraineté. Il y a donc un risque de malentendu. Les Américains ne voudront pas trop d’autonomie européenne, en particulier sur les sujets de la défens et de la compétition technologique. Le retour du leadership américain, tant revendiqué par Joe Biden, est incompatible avec l’ambition européenne.

Car sous le mandat de Trump, l’UE a pris le leadership sur un certain nombre de sujets, notamment en ce qui concerne la lutte contre le réchauffement climatique. Les Etats-Unis étaient en effet sortis des Accords de Paris, tandis que l’Europe s’était engagé à devenir le premier contient neutre en carbone d’ici 2050. Mais aussi sur le nucléaire iranien, accord que Trump avait quitté car selon lui pas assez contraignant vis-à-vis de l’Iran, ce qui avait conduit à une remontée des tensions entre les deux pays, faisant craindre un affrontement militaire.

Mais ces accords, Joe Biden compte à nouveau les rejoindre, promettant alors un retour du multilatéralisme, avec le retour des Etas Unis au sein de de l’Unesco ou de l’OMS, et la fin du mépris pour l’OMC. Bref un virage net par rapport au projet Donald Trump, de casser la mondialisation, profitant selon lui bien trop à la Chine. « Ce qui est vrai ! » précise Nicole Gnesotto. « Mais ce n’est pas parce que le constat est bon que la réponse l’est forcement »

La visioconférence s’est achevée sur le témoignage de John Webb sur la perception des Américains en France, son soulagement de la défaite de Trump, et l’impossibilité de parler politique dans les familles américaines, profondément divisées. Il a également fait part de son indignation face aux évènements du Capitole en janvier dernier.

« Je suis choqué par le fait que la moitié des congressmen républicains sont allés dans le sens de la théorie de la fraude électorale, en refusant de ratifier les résultats. » a t’il confié.

La visioconférence est disponible en intégralité sur notre chaîne Youtube :